Les avantures de Demierre Daniel

CITOYEN PERMANENT

Les chauffeurs de bus scolaires
ne se naissent  pas dans les courges.

N°2       Août,  Tout dans le  Bon Sens      

  1. Préambule de L’indésirable
  2. A vos bus ! Prêt ! Partez !!!

  3. On cherche un chauffeur de bus scolaire mais on n’en trouve pas !
  4. Et de mon côté, voilà comme ça commence…
  5. Qu’est qu’un chauffeur de bus scolaire ?
  6. Est si l’on parlait un peu conduite…
  7. Le caractère mieux fait que la figure
  8. L’entretien de candidature
  9. Il faut avoir un double sens des responsabilités :
  10. Mais alors ! Vous dites vous, ça doit être bien payé tout ça?
  11. Faut-il intensifier le transport scolaire, c’est vous qui payez ?
  12. Que cherche-t-on avec de tels brassages de gosses ?

Préambule de L’indésirable

Chers lecteurs,
C’est à nouveau dans l’esprit de vous donner des informations que vous ne pourriez pas voir dans notre traditionnelle revue marsensoise « Le mars en tous sens ». Effectivement le conseil communal ne supporte pas certains articles et il a un outil très efficace ; le silence des mots. La consigne, le silence est d’or :« motus et bouche cousue » tous les ingrédients nécessaires pour donner la parole au peuple… Le Silence étai aussi dans la cours d’école  en pleine période de vacances, mais  le soleil, le repos, c’est fini ! Allais ouste, tous au boulot ! Et les gamins ont repris l’école. Pour moi, cette été a été une période particulière, puisqu’elle se résume en 2 mots : recherche d’emploi. Et c’est de ça que je vais vous parler aujourd’hui.  Bien au delà d’une simple recherche d’emploi, c’est dans un lieu méconnu des adultes que je vous  emmène c’est dans une véritable  aventure journalière, le parcours du combattant qui doit aller à l’école,  je veux parler du bus scolaire.  Ils sont comme les bonbons M&M  rouges,  jaunes… et bleu.

A vos bus ! Prêt ! Partez !!!



On cherche un chauffeur de bus scolaire mais on n’en trouve pas !


Nous voilà donc bien prêts pour attaquer cette nouvelle année scolaire, encore un peu de patience s’il vous plaît.  On a l’école, on a les bus, on a les profs, on a les élèves, il ne nous manque rien ? Non, c’est tout bon…  nous manque-t-il autre chose ???  OUI !!! le chauffeur… Il nous manque un chauffeur… sursaute le conseiller communal en charge et sa réaction fut immédiate : « Je pars 6 semaines en vacances et je reviens tout de suite…après »

Et de mon côté, voilà comme ça commence…

Début de l’été, je parle avec un voisin et lui dit  que je cherche un salaire complémentaire. Il me dit : « Il y a quelque chose pour toi ; la commune cherche un chauffeur de bus scolaire, un poste qui te conviendrait, tu as du « feeling » avec les enfants et ils ne trouvent personne… »
Immédiatement intéressé, j’écris un e-mail à la commune. Elle me répond en m’envoyant la mise au concours du poste qui a parue quelques jours plus tôt dans « La Gruyère »...

Ce sont  les cercles scolaires Echarlens-Marsens et Sorens qui mettent au concours un poste de
C o n d u c t e u r / t r i c e d e  b u s  s c o l a i r e
Le profil recherché est :  être détenteur d’un permis de conduire D1 (3,5t) ; 106
(possibilité de suivre formation pour conducteur de bus), il doit être  disponible, il doit avoir un contact aisé avec les enfants et le sens des responsabilités
Le taux d’occupation et d’environ 15 %, payé selon le barème de la commune et on demande un grande flexibilité dans les horaires. Il faut envoyer son CV d’ici au 15 juillet…
J’envoie les documents et… suspens….

Qu’est qu’un chauffeur de bus scolaire ?

C’est la question qu’il faut se poser quand on pense travailler à ce poste. Dans le cadre de cette candidature,  lors des contacts avec les autorités, plusieurs autres personnes du métier, ou en fouillant sur internet,  j’ai pu avoir une bonne idée de ce que peut représenter ce travail .  
Chaque jour
7h 30 le matin, son bus est prêt au départ et à 8 h il aura fini son service. Il recommencera ainsi  à 11h et demi, 13h15 et 15h20 pour des courses qui durent entre 17 et 22 minutes. C’est vers 16 heures qu’il sera libre. La pause de midi est courte et certains chauffeurs n’ont pas le temps de rentrer à la maison, ils mangent un sandwich dans la cabine. Mais tout de même la commune est magnanime et  donne 10 minutes de plus par jour, soit un peu plus d’un minute et demi, pour prendre et ranger le bus, le nettoyer, discuter avec les parents ou s’occuper des enfants trop petits pour aller seuls à l’école, qui ne savent où aller, qui pleurent, qui vomissent ou se comportent mal,  etc.
En 4 jours et demi, c’est une quarantaine de  fois par semaine que le chauffer fait le trajet entre  son véhicule et son domicile. C’est un travail qui vous bloque toute la journée. Il est difficile, pour ne pas dire  impossible de le coordonner avec d’autres activités professionnelles.
Ah ! il faut avoir son œil rivé sur sa montre, n’allez pas prendre un rendez-vous chez le dentiste ou le médecin a 10 heures du matin, parce que  ce sera le grand stress s’il a du retard…

Est si l’on parlait un peu conduite…

Mais , ce n’est pas tout,  il faut aussi le conduire ce bus: Marsens – Echarlens – Sorens par tous les temps, qu’il pleuve, qu’il vente, ou qu’il neige… des vaches, des tracteurs et et et…et avec les pluies givrantes… Yao ! Des camions en travers de la route, des véhicules fous ! N’ayez crainte, la commune est tolérante ; elle accepte les retards ; la sécurité d’abord !
Vous roulez sur le parcours qu’on vous a attribué. Un parcours hautement et minutieusement élaboré,  le conseil a suivit les bus pour chronométrer, ainsi Sorens, c’est 8 minutes à la montée et 7 minutes à la descente. De même, des élèves vous sont attribués.Vous devez donc savoir s’ils sont tous là,  où ils vont, si le mercredi, ils vont dîner chez grand-maman, si il n’ont pas oublié les sac de sport, alors vous les attendrez, vous les réconforterez quand ils se sont fait gronder par le maître ou la maîtresse, vous deviendrez un peu leur confident… Dans nos villages dortoirs, vous serez presque plus en contact avec eux que leurs parents… C’est donc tout naturellement que l’on vous téléphonera si ils sont malades, même en pleine nuit… Vous voilà rassuré !
Bien entendu pour que ça joue, tout ça, il faut une bonne coordination avec  l’école et  la commune.  Parce que si ça ne marche pas, vous allez vous retrouver a attendre des élèves qui ne viennent pas… Aujourd’hui il n’y pas la gym ou les enfants pique-niquent, à l’école on a oublié de vous avertir ...  Ces planning sont quelques fois inexistants, non disponibles à la rentrée scolaire ou compliqués.

Le caractère mieux fait que la figure

Qualité indispensable, Il faut aussi avoir le caractère mieux fait que la figure. Les moqueries, propos blessants, insultes sans gêne d’ élèves ou de parents… Et il y a aussi les indisciplines, les chahuts, les tout-petits qui sont tout perdus sans leur maman, et les grands qui jouent les gros bras : « c’est ma place !»
Il faut mettre de l’ordre dans tout ça, c’est votre job. Alors maigre consolation, les trajets sont courts…
Et un jour, plaisir suprême, un fiston, à tables, devant une bonne soupe aux lettres, qu’il avale avec des grands schluuuurp ! entre deux cuillerées, lâche cette petite phrase qui semble anodine : « Notre chauffeur à fait… » et là, c’est papa qui prend les choses en main, puis le conseil communal, et finalement c’est le  chauffeur qui se prend un tour de tourniquet...

L’entretien de candidature

Lorsque le téléphone sonne, je ne m’attendais pas à être contacté par un conseiller communal de Sorens : Il me donne rendez-vous pour le mercredi à l’administration de Sorens et m’annonce que les participants sont lui-même et Madame  Christelle Castella,  Alain Déré sera peut-être là, il est le suppléant du dicastère tenu par Mr Saucy en vacances. Ils seront finalement les deux absents.  

Bien que j’habite à quelques mètres du bureau communal de marsens,  30 minutes de marche plus tard  je me retrouve à Sorens. C’est sur le pas de la porte que j’ai été accueilli par le Conseiller communal du lieu quelques minutes avant le l’heure du rendez-vous, et il me reçoit dans un bureau en rénovation. La discussion s’engage : Le travail du chauffeur est un travail exigeant : il se constitue du transport des écoliers entre les différents sites du cercle scolaires Marsens Echarlens Sorens.

Il faut avoir un double sens des responsabilités :

Un responsable
◦ La responsabilité de la conduite : mener les enfants à bon port, en toute sécurité. Avoir
une conduite adaptée, ne pas faire d’excès de vitesse. Pallier aux imprévus : exemple : un
camion accidenté empêche le passage, les enfants ne doivent pas être abandonnés sur la
route ou jetés hors du bus. Parce qu’il y ça aussi, des fois que le chauffeur « pète les plombs ». Il paraît même qu’un  bus déposa des gueulards en pleine campagne, un autre força un passage à niveau...
Un Psychologue
◦ La responsabilité sociale : les enfants transportés sont de différents âges : des tous petits
aux plus grands. Cela peut poser des problèmes de relation entre eux auxquels le
chauffeur doit être attentif. Il peut y avoir des problèmes d’humeur, qui peuvent être liés
aux événements de la journée (à l’école par ex.) . Il arrive que les petits pleurent ou que
les grands soient indisciplinés. Dans le bus, les enfants doivent être attachés. (les bus
actuels sont tous équipés). Les règlent s’oublient et il est nécessaire de les rappeler de
temps à autre…  

Mais alors ! Vous dites vous, ça doit être bien payé tout ça?

C’est 30 francs de l’heure. À 22 minutes multiplié par 4, ça fait dans les 45 francs par jour soit un peu plus de 700 francs par mois net*… et pour compensation, vous avez de longues pauses gratuites  entre les transports. (*Chiffre calculé par moi-même, je n’ai pas pu avoir d’autre précision de la commune)
Et les avantages sociaux ?
Il y a les vacances scolaires, les congés scolaires, Les ponts scolaires, les horaires scolaire, tout ça non payé !  Et le 13 ème salaire  demandez-vous????? Bof ! Est ce que l’on pourrait parler d’autre chose ?
Mais il y a tout de même une astuce. En fait, on vous paye douze fois un acompte provisoire incomplet  et  à la fin de l’année vous pouvez encaissez le solde des transports non calculé ; comme ceux pour la piscine, la gym ou les courses d’école, par exemple. Vous avez ainsi le sentiment d’avoir un salaire régulier tout les mois, et même lors du décompte final, de recevoir de l’argent en plus, alors qu’en fait vous prêtez  bénévolement de l’argent à la commune.  C’est bien calculé, non ?...
Et le deuxième pilier ? Il vaut mieux ne pas essayer de se le prendre, parce que ça va faire mal !!!
Il semble que ce soit un cheval de bataille, j’ai même entendu parler d’anciennes luttes et de démission collective, mais je n’ai pas pu poser la question à la commune.
De toute façon, les chauffeurs sont essentiellement des retraités ; ils l’ont déjà.
Je leur dis un grand et sincère merci à ces chauffeurs qui s’engagent énormément pour la collectivité.

Faut-il intensifier le transport scolaire, c’est vous qui payez ?

Le conseiller de Sorens  me montre la grue qui domine le quartier et m’informe que c’est la nouvelle école Tout dans le bon sens  de Sorens qui est en construction. L’ancienne école,qui devait dater des années 70, a été rasée  et elle est, en ce moment, reconstruite sur le même emplacement. Elle comportera 5 salles dont deux éventuellement liées a un usage spécifique et une autre pour l’accueil extra-scolaire et les enfants seront déplacés en bus. Durant la construction de 2016 à 2018, les écoliers de Sorens sont déplacés à Marsens. Un bus TPF (40 pl.) est engagé mais ne suffit pas il faut encore une course d’un bus 16 places de l’école. A la fin de cette construction, l’ objectif serait de passer au transport par les bus du cercle scolaire.
Les enfants de 1H et de 2H seront éventuellement rassemblées sur un seul lieu à Sorens. Le métier de chauffeur de bus a de l’avenir. »

Que cherche-t-on avec de tels brassages de gosses ?

Effectivement, si l’on prend le vade-mecum, l’on constate que les enfants sont souvent déplacé pour la gym, la piscine, les activités pratiques ou extra scolaires.  Les autorités semblent vouloir doper ce système de transport. Alors que cherchent-elles vraiment ?

Faire gagner du temps aux enfants en apprentissages et temps libres ?

Même s’ils ne passent que quelques minutes dans ces transports pour aller à l’école, le cumul est important ; environ  20 minutes en moyenne par jour  et en plus les piscines et la gym ou autres. Tout ceci, sans compter le temps que met l’élève pour se rendre au point de « ramassage scolaire ». Ce temps pourrait  aller jusqu’à plus d’une heure par jour dans certaines conditions.

Le confort des enfants à l’école et qu’ils ne soient pas à l’étroit? Notre village a deux bâtiments d’écoles récents avec 14 salles en 2015. Sur les 22 salles des trois communes. Cette année ce sont 18 salles qui accueilleront les élèves des cercles dont 15 à Marsens : Cherchez l’erreur !

La sécurité des enfants? C’est inhérant au transport ; il génère un certain risque. Ainsi le 23 septembre 1994 : un bus scolaire pris en écharpe par un train de manœuvre en gare de Payerne: 1 enfant de 11 ans tué, 8 autres écoliers blessés. Les barrières du passage à niveau étaient ouvertes ! Il y a déjà quelques années,  un bus scolaire des TPF près de Grenilles est entré en collision avec…  une grange ! 11 blessés Le conducteur avait momentanément lâché le volant pour régler des questions de discipline : une bagarre avait éclaté à l’arrière de son bus selon la RTS. La meilleure façon de ne pas prendre ce risque est de ne pas déplacer nos élèves, il n’y a pas de raison de le faire à Marsens. Nous avons payé 14 classes… et les enfants peuvent même utiliser la salle de bricolage  de l’ancienne école ou les abris PA comme c’est déjà le cas.

Nos bus sont  petits et certains sont âgés. Après une quinzaine d’années de service, le bleu n’aurait plus passé l’expertise. Les chauffeurs sont seuls à bord, ils  transportent jusqu’à 26 élèves. Alors, il ne faut pas oublier que derrière ces enfants il y 52 parents en soucis… et en cas de Crac ! Boum ! Hue !…. Aie ! … Il faudra un responsable.
Oui, la grande crainte de chaque chauffeur scolaire et de ne pas ramener son engin et sa précieuse cargaison au grand complet.

Malheureusement je crains que ce soit  bien du côté mercanto-politique qu’il faut chercher une raison à tout ce remue ménage, mais cela nécessiterais un autre développement.  Alors je termine en me posant cette question :  Comment le conseil communal  expliquera un désastre aux parents d’élèves le jours où aura lieu un accident durant ce transport  et que des enfants seront blessés, peut-être grièvement, voir même disparus, ceci, alors même que la population de Marsens, en construisant successivement  2 bâtiments scolaires, a consentit tous les efforts pour que leurs enfants puissent êtres entièrement scolarisés en primaire à Marsens ?
J’espère sincèrement ne jamais avoir à le savoir.

Bien entendu vous aimeriez savoir quel a été le résultat de ma recherche d’emploi ?
Si voulez le savoir, consultez  sur mon site.
En souhaitant à tous nos élèves bonnes chance. A bientôt.
Daniel Demierre     

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Fait divers

Le 14 décembre 2017, un nouvel accident de bus scolaire faisait 6 morts et de nombreux autres enfants sont blessés à Millas en France. Le Figaro: Accident d'un bus scolaire à Millas: